Avant l’arrivée d’Internet et des supports « hors médias », la télévision était « la reine du monde audiovisuel », celle qui savait conquérir le public. Objet controversé car à la fois support incontesté de l’information mais aussi outil de transmission d’images aussi superficielles que ridicules la tv est aujourd’hui rangée dans le tiroir des médias « traditionnels » au même titre que la radio, la presse ou encore le cinéma.
Catch up tv, Video on Demand, You Tube … sont des services qui font parti du nouveau paysage télévisuel français. Fini les programmes linéaires imposés au téléspectateur, le nouveau visage de la télé c’est le « self-service » des programmes ! Autrefois passif, le public n’est plus seulement aujourd’hui spectateur, il est aussi acteur de ses programmes.
On parle désormais de « téléspect’acteur », que ce soit dans le cadre de la télé-réalité où le public participe, via des appels téléphoniques et autres « sms » à « l’élimination » d’un candidat de la « Star Ac», que dans le cadre de vidéos, tel le dernier concert organisé par son ami, Jerem’, diffusé sur You Tube.
Mais quel sera l’avenir pour cette télévision caméléon ? Il faut bien comprendre que l’offre télévisuelle a muée en plusieurs « épisodes ».
Et le CSA dans tout ça ?
Par respect au principe de la liberté de la communication fixé par la loi du 30 septembre 1986, il est clairement posé que le CSA, autorité administrative indépendante, n’est pas un organe de censure. C’est-à-dire qu’il n’effectue pas de contrôle avant la diffusion des programmes des chaînes de télévision mais intervient seulement à posteriori pour vérifier si les émissions diffusées sont conformes aux lois, règlements et engagements conventionnels de la télévision titulaire de l’autorisation que lui a délivrée le CSA. Ce sont donc les chaînes qui choisissent leurs programmes et qui décident de mettre ou non un signal sur un programme et qui fixent son horaire de diffusion. Lorsqu’un programme comporte des scènes qui risquent de choquer les plus ils ne peuvent pas être programmés à l’intérieur des émissions pour la jeunesse. C’est la chaîne qui détermine si le programme peut choquer ou non.
Episode n° 1 : De « Loft Story » à « Plus Belle la Vie» ou la révolution des contenus télévisuels.
Qualifiée parfois de « stratégie commerciale gagnante » pour augmenter les parts de marché des chaînes de télévisions dites « généralistes » (TF1, M6), instrument de « voyeurisme » pour d’autres, ou encore « d’identifiant social », la télé-réalité a connu son heure de gloire mais commence peu à peu à s’essouffler pour laisser place à des séries américaines (Dr House, Desperate Housewives…), « source constante de très bonnes audiences », dixit Nicolas Tavernost, Pdg de M6, mais aussi à la fiction française (« Plus belle la vie », seule série française qui arrive à se démarquer des autres actuellement).
L’épuisement de ce genre télévisuel qu’est la « real tv », certes novateur et même révolutionnaire, bien qu’importé d’Outre-Manche par « Big Brother » est confirmée par le sociologue Jean-Louis Missika : « Je défends l’idée que la télé réalité est une tentative réussie d’empêcher les 13-25 ans d’abandonner complètement la télévision (…) Comme je l’ai dit, Internet va absorber la télé, ces émissions changeront de forme. Elles seront plus interactives mais draineront toujours de l’audience».
Episode n°2 : Les nouveaux colocataires : Youtube, dailymotion, MySpace et facebook, concurrents de la télé ?
Une nouvelle menace plane sur le « petit écran » traditionnel ; il s’agit des UGC (User Generated Content) ou contenus générés par l’utilisateur. L’audience va crescendo sur ces sites de partage de vidéos, chiffres à l’appui : sur le seul mois de janvier 2008, Dailymotion enregistrait 50 millions de visiteurs regardant chacun plus de 16 vidéos.
Les chaînes de télévision traditionnelles, qui investissent des milliers d’euros pour diffuser la dernière saison de « Dr House » se retrouvent ainsi concurrencés par de nouveaux colocataires aux contenus amateurs et ayant ainsi des coûts de programmation quasi nuls. Toutefois, comme le constate Florence Le Borgne-Bachschmidt, responsable Pôle TV & Contenus numériques de l’Idate, « les chaînes généralistes leaders (..) font plus que jamais figure de « valeur refuge » pour les annonceurs : (…) le prime time des chaînes généralistes reste une valeur sûre. »
Cependant, depuis presque un an maintenant, YouTube comme Dailymotion diffusent des contenus professionnels et non plus du simple UGC ; une manière à eux de se rapprocher de leur ancêtre en attirant les annonceurs.
Cette nouvelle forme de média Web 2.0 ne doit pas venir en concurrence de la télévision mais bien au contraire, elles doivent interagir ensemble pour satisfaire cette nouvelle consommation « self-service » que recherchent aujourd’hui les téléspect’acteurs.
CNN et Facebook : Un bel exemple de collaboration « chaîne traditionnelle » et « réseau social du Web 2.0 ».
La prise des fonctions officielles de président par Barack Obama, a été retransmise en direct par la chaîne américaine CNN sur le réseau social Facebook ! Philippe Gammaire, qui gère le site Universmedias.com, analyse cette association CNN/Facebook, comme « le Web tel qu’il est aujourd’hui: massivement participatif, social (..) La télévision en direct associée au plus grand réseau social, dans une interactivité permanente: c’est peut-être cela la télé du futur ?»
Episode n° 3: la Web Tv : un « self-service »audiovisuel, nouveau mode de consommation
La tv traditionnelle est aussi concurrencée par Internet, média très consulté par les internautes car c’est un outil efficace d’informations instantanées et accessibles en quelques clics. Le journal télévisé, par exemple, souffre aujourd’hui du pouvoir accru pris par Internet dans la circulation de l’information – efficace aussi – par son interactivité. En effet, l’internaute aime commenter ou réagir sur un article ou sur une vidéo passé sur la Toile. Force est de constater que nous sommes entrés dans une « ère de personnalisation » de la consommation tv.
Permettre de revoir des programmes en « différé », ce n’est pas seulement une des fonctions du magnétoscope mais bien un service gratuit proposé aux internautes par plusieurs grandes chaînes généralistes.
En 2008, selon Mediamétrie, 5,6 millions de français ont déjà essayé ce nouveau phénomène qu’est la « Catch Up Tv » ou « Télévision de rattrapage » . Pour les chaines hertziennes (TF1, M6, Canal Plus), l’un des objectifs visés par la catch-up TV constitue la lutte contre le piratage, notamment sur les séries américaines. Sa caractéristique : elle est gratuite car limitée dans le temps (exemple, le programme diffusé sur M6 sera ensuite revisionnable via le web sur M6Replay pendant une semaine).
Même réglementation que la « petite lucarne » ?
La nouvelle loi promulguée le 5 janvier 2009 relative à la communication audiovisuelle étend le régime de la loi de 1986, sous le contrôle du CSA donc, aux Services de Médias Audiovisuels à la Demande (SMàD). Cette loi n’est que la transposition de la directive « Services de Médias Audiovisuels » (anciennement « Télévision Sans Frontières » – TSF) du 11 décembre 2007. Ainsi, les sites de VoD et de télévision de rattrapage vont se voir appliquer, sous le contrôle du CSA, des obligations habituellement réservées aux chaînes de télé !
Episode n°4 : La nouvelle Réforme de la télé publique
Plusieurs mesures phares contestées ont finalement abouti par la promulgation le 5 mars 2009 de la loi relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la télévision:
La suppression totale de la publicité doit intervenir dès le passage de la télévision analogique au numérique, prévu au plus tard le 30 novembre 2011. La nomination / révocation en Conseil des ministres des présidents de l’audiovisuel public après avis conforme du CSA et accord des commissions parlementaires compétentes à une majorité qualifiée des 3/5èmes. L’instauration de taxes : les recettes publicitaires, qui constituaient 40% des revenus de France Télévisions, sont remplacées par une taxe modulable pouvant varier entre 1,5% et 3% sur la publicité diffusée par les chaînes de télévision privées. Les concernés sont TF1 et M6 qui ont des recettes publicitaires supérieures à 11 millions d’euros. La création d’une autre taxe de 0,9% sur les services fournis par les opérateurs de télécom viendra aussi en compensation de la fin des recettes publicitaires.
Episode n° 5 : Compte à rebours 2011 : Passage de l’analogique au numérique
Le 20 octobre 2008, Eric Besson, à l’époque secrétaire d’Etat au Développement de l’économie numérique, a présenté le plan «France Numérique 2012» qui compte 154 mesures et, plus particulièrement, l’extinction de la diffusion audiovisuelle analogique à partir du 30 novembre 2011 au profit de la télévision numérique terrestre (TNT), qui empruntera aussi la voie hertzienne, mais avec la qualité numérique en plus.
C’est la loi du 1er août 2000 qui a fixé les principes de mise en œuvre de cette nouvelle technologie. La disparition des flux analogiques permettra de libérer des fréquences hertziennes (ce que l’on appelle « ressources rares»), qui seront réutilisées notamment pour de nouveaux canaux TNT. La télévision continue donc d’occuper son « trône », même si elle doit le partager avec de nouveaux compétiteurs.
Pour Jean-Louis Missika, sociologue des médias, la télévision disparaitra en tant que « Média rassembleur ou rendez-vous fédérateur» ; créatrice de lien social, elle sera progressivement absorbée au profit d’Internet. Dans son ouvrage intitulé « La Fin de la télévision» (éditions du Seuil) il annonçait déjà en 2005 : «La télévision est en train de disparaître sous nos yeux, sans que nous en soyons tout à fait conscients. Elle se noie dans un océan d’écrans, de terminaux, de réseaux et de portables (…). Elle est partout et nulle part. Nous entrons dans un monde d’images omniprésentes et de média absent ».
Pour d’autres, comme Nicolas De Tavernost, Pdg de M6, « L’émergence d’un nouveau modèle économique ne préfigure en rien la disparition de la télévision généraliste » : la télévision est une valeur sûre et aura toujours son importance tant que des programmes, tels les événements sportifs « fédérateurs », les grands magazines, continueront à rassembler le plus grand nombre. « De ce point de vu là, La 6 ne baisse pas en audience, ce qui est très important. »
Qui sera le gagnant de ce pronostic ? Affaire à suivre…